Ouvrages généraux

Lors d'un "déjeuner éthique" dans un hôpital, j'ai le plaisir de rencontrer Cathy Caffier, non soignante mais administrative qui me présente son ouvrage. Je ne peux m'empêcher  de le présenter car son ouvrage m'a fait voyager. De la poésie pour dire des moments graves de la vie. une introduction en prose pour dire son attrait pour le mot amour si fort pour construire et parfois si destructeur.

Sur 80 pages, des aventures à lire et à relire. Aucun poème n'est "plus" ... qu'un autre. Chacun se lit avec douceur en musicalité. Les personnes souffrantes pourront puiser en ces mots de la force pour oser avancer malgré les maladies. Et les soignants pourront se dire que parfois la poésie est une belle arme pour aborder l'intime de l'être.

A lire évidemment par tous.

A. de Broca

M. Dupuis philosophe est très impliqué dans la formation des soignants et nous offre ce jour un livre très pédagogique sur le corps et ses représentations au fil des siècles.Il nous fait parcourir avec quelques auteurs principaux les courants du dualisme (Platon, Descartes), du monisme (Spinoza, La Mettrie, Changeux), le corps sujet (Maine de Biran, Merleau Ponty) avant de présenter le sentiment d’identité corporelle. Dans ce chapitre, il tente de présenter combien le corps est histoire et aussi mouvement, changement, évolution. L’identité d’un corps qui vieillit est difficile à comprendre. On peut lire quelques éléments de réflexion avec Locke, Ricoeur. Il nous apporte quelques éléments sur le corps qui est toujours à vivre dans un espace. Le corps doit habiter l’espace pour être mais aussi être soi-même un espace contraint, fermé, avec ses limites et ses frontières. Il convoque Heidegger et Husserl en nous donnant des exemples d’inscription dans un lieu de vie, ce lieu du plaisir mais aussi de la douleur. Ce livre est sûrement à lire et à approfondir par tout le monde et par les soignants car le corps est bien au centre de la vie et du soin. La mère soigne d’abord le corps de son petit et ses yeux et sa parole lui diront qu’elle l’aime et qu’il vaut toujours au-delà du corps. Le corps est donc signe de la présence mais la présence ne peut pas être réduite au corps vu et présenté au monde.La question du corps, du dualisme entre âme et corps,entre essentialisme et empirisme est certes ancienne, mais elle surgit de façon décuplée avec ce qu’on appelle le transhumanisme voire le post-humanisme. L’auteur ne soulève qu’à peine ce sujet qui est pourtant celui des années futures.Mais le lecteur ne pourra répondre à cette question de demain que s’il a pu réfléchir à toutes les réflexions de nos prédécesseurs. L’auteur aide ainsi chacun à réfléchir à la fameuse question : « suis-je mon corps ou ai-je un corps », deux manières contradictoires de s’assumer soi dans un monde,de s’assumer soi-même comme un autre (au fil des modifications de son âge) dans un monde technologique qui ne fait que réifier tout ce qu’il touche. À lire par tous, et pas seulement par les étudiants en santé.

A. de Broca

La prison, endroit où toutes les tensions du monde se bousculent est aussi un monde de promiscuité avec des personnes de plus en plus âgées et de plus en plus malades. Le soin est au cœur de ces tensions. La solitude est aussi le maître mot de la déshumanisation de ces lieux. Comment vivre une maladie sans soutien, sans réelle aide de la part de sa famille avec qui tout a été distendu, avec les autres incarcérés qui ne peuvent pas non plus apporter plus que ce qu’ils peuvent. Philippe le Pelley, membre très actif au sein des soins palliatifs est aussi membre des petits frères des pauvres et a été le premier bénévole auprès de ces personnes malades depuis 2002. Depuis son entrée à Fresnes, d’autres bénévoles l’ont rejoint. Plus que de parler de leurs expériences, et pour le plus grand respect des personnes détenues, ce livre est ouverture sur leurs ressentis et leurs mots recueillis. Les mots sont le plus souvent brefs, sur une ou deux pages. Ils traduisent tous la souffrance de ces personnes. Souffrance de vivre leur quotidien, souffrance de ce qui a été l’objet même de leur incarcération et aussi souffrance liée aux maladies parfois graves et mortelles qu’ils sont amenés à vivre. Le bénévole est parfois la seule personne non professionnelle rencontrée! La société est ainsi portée par eux. Un livre où ces personnes détenues, nos alter-ego, ont susurré quelques mots aux oreilles d’un autrui, qui ne leur apportait que la rencontre, cet art de l’envie d’entrer en relation sincère et humaine avec autrui, sans apriori. De la présence, une pleine présence qui aide parfois à l’émergence d’une parole qui se taisait jusqu’alors. À lire par tous, d’autant que les quelques bénéfices vont à l’association de bénévoles à l’œuvre auprès des personnes détenues.

A. de Broca

Vingt-deux auteurs apportent dans ce livre des éprouvés corps. Si le livre commence avec Merleau Ponty sur « je ne suis pas devant mon corps, je suis dans mon corps , ou plutôt je suis mon corps », les auteurs nous invitent par leurs textes à comprendre que le corps est pluriel. Il est ce qui fait l’être au monde, cet habiter au monde, mais aussi un corps en mouvement, en déploiement(néoténie du corps). Un corps qui apprend aussi à se comporter au monde et qui dit aussi au monde une nouvelle manière d’être. En cela le corps est performatif car il modifie le regard de l’autre sur soi et sur le monde. L’histoire, la géographie dans lequel ce corps survient va lui apprendre à être, à vivre, lui renvoie les limites et donc peut être aussi sa liberté, mais ainsi les transgressions possibles qui peuvent être à l’origine d’exclusion du « corps social ». Plusieurs perspectives nous sont données dans ce livre même si tous les sujets n’ont pu être abordés (piercing, tatouages, mais aussi prothèses, etc.).

Le corps à l’école où les auteurs décrivent combien l’enfant doit se conformer à une norme ou au contraire fait semblant tout autant que le professeur qui est bien avec son corps face à ses élèves. Le corps malmené par la maladie (anorexie, handicap) ou par le désir de modification(transgenre), voire par la grossesse. Quelle identité alors avec ce corps ? Qui suis-je? Enfin le corps dans les arts, de l’artiste qui se donne, qui se transforme? Ces sujets autour du corps notamment à l’école sont bien un « Livre à lire pour aider chacun à se regarder et à regarder l’autre autrement pour mieux l’envisager, le comprendre, et lui donner sens ». A. de Broca

Philippe Charlier, médecin légiste nous entraîne dans une réflexion de sciences humaines sur le corps mort. Non pas une reprise des thèses philosophiques sur le corps et le corps mort mais un regard sur la place du corps mort dans la société, à son « utilisation » au profit indirect du patient (connaitre la raison de la mort), mais aussi au profit de la société (autopsie médicolégale par exemple). Le corps mort est en soi un objet qui ne laisse pas indifférent le vivant. Probablement parce que c’est pour la personne humaine vivante, la manière de se sentir vivant. Mais avant d’être un corps mort, encore faut-il définir la mort. Ensuite, jusqu’où le corps mort peut-il être « instrumentalisé » sans tomber dans l’irrespect et le trouble de la société. Même si la situa-tion sociale du corps mort dépend de la culture, il semble quand même qu’aucune culture ni moment de l’histoire n’ait permis de faire n’importe quoi sur un corps mort. L’auteur nous amène à avancer avec plusieurs cultures selon la religion, selon le lieu de vie (Afrique, Asie) selon les moda-lités de morts (accidents). Il nous aide à comprendre les enjeux de la recherche sur le corps mort avant d’évoquer les diverses exposition de corps-morts soit en musée, soit en exposition itinérante dont la raison dernière est leur aspect commercial. À quel moment, l’exposition peut être encore garant de la dignité de l’être défunt est une question éthique majeure. Le droit franc¸ais y répond en soulignant que le corps humain ne devait en rien être utilisé à des fins commerciales, est inviolable et aucun de ses éléments ne peuvent faire l’objet d’un droit patrimonial (Code civil art. 16-1/2/3). Il est aussi important de rappeler que la vio-lation de sépulture est punie au niveau pénal (art. 225-17 CP) et que le mort avait droit au respect de la dignité de la per-sonne (Code de santé publique, art. 1110-2) sans compter le code de déontologie qui stipule que le respect de la personne ne cesse pas de s’imposer après la mort (Code déontologie, art. 2). Mais ces rappels que tout soignant doit savoir ne sont pas forcément identiques dans d’autres pays amenant des attitudes parfois différentes face au corps mort. Un livre riche d’ouvertures sur le monde « caché » des chambres mortuaires et ensuite des questions sur l’utilisation des cadavres et pour quel profit.

A. de Broca